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"Nous serions plutôt portés à croire que l'idée de maladie doit être associée à une incapacité de faire acte de création" (Dubuffet)

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Le lecteur consentira, je l'espère, à envisager la création dans son acception la plus large, sans l'enfermer dans les limites d'une création réussie ou reconnue, mais bien plutôt en la considérant comme la coloration de toute attitude face à la réalité extérieure.

Il s'agit avant tout d'un mode créatif de perception qui donne à l'individu le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue ; ce qui s'oppose à un tel mode de perception, c'est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure : le monde et tous ses éléments sont alors reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut s'ajuster et s'adapter. La soumission entraîne chez l'individu un sentiment de futilité, associé à l'idée que rien n'a d'importance. Ce peut être même un réel supplice pour certains êtres que d'avoir fait l'expérience d'une vie créative juste assez pour s'apercevoir que la plupart du temps, ils vivent de manière non créative, comme s'ils étaient pris dans la créativité de quelqu'un d'autre ou dans celle d'une machine.

Cette seconde manière de vivre dans le monde doit être tenue pour une maladie, au sens psychiatrique du terme. Tout compte fait, notre théorie présuppose que vivre créativement témoigne d'une bonne santé et que la soumission constitue, elle, une base mauvaise de l'existence.

D. W. Winnicott, Jeu et réalité, 1971, trad. par Claude Monot et J-B Pontalis (Gallimard).

(Note : Quelle meilleure invitation à lire le dernier livre de Pierre Ménard,  reprenant les ateliers d'écriture de sa Marelle : Comment écrire au quotidien ?
http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503656/comment-%C3%A9crire-au-quotidien
Pierre Ménard que je tiens à remercier pour sa générosité et aussi car il a été le premier à soutenir Fantomas Media.)