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Si Lynch est l'un des rares artistes considérables apparus dans les années quatre-vingt, c'est qu'il a su dépasser leur hédonisme agressif, leur désenchantement fictif, par un sérieux qui n'a besoin d'aucun message, d'aucune morale, d'aucune fumisterie. Le sérieux consiste seulement, pour lui et ses héros, à sauver la vie des clichés, à les vivre en dépit de ce qui fascine en eux et paralyse. C'est le sérieux du rêve en action.

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Les basculements de la veille au rêve, pompeusement rebaptisés "réalité virtuelle", sont aujourd'hui l'ordinaire des scénarios paranos, de Matrix à Fight Club en passant par eXistenZ. Mais leur réversibilité fait que le monde et l'arrière-monde deviennent équivalents, et que les rêves n'agissent plus guère. Lynch n'entre pas dans ce manège. Il reste un sympathique schizophrène.

 

Pierre Alferi, Des enfants et des monstres, P.O.L, 2004.

à lire, du même auteur, sur sitaudis, Kiwi, roman-feuillteton (qui promet).