FANTOMAS MEDIA

le mur qui saigne.

25 février 2009

Complainte

Jconnaîtrai jamais le bonheur sur terre
     je suis bien trop con
Tout me fait souffrir et tout est misère
     pour moi pauvre con
Tout ce qui commenc' va trop mal finir
     toujours pour les cons
Tout plaisir s'efface - après c'est bien pire
     du moins pour les cons
L'angoisse m'étreint m'étrangle et j'empire
     de plus en plus con
Je ne sais plus que faire ou pleurer ou rire
     comme font les cons
Quelquefois c'est bleu puis c'est noir de suie
     la couleur des cons
On voudrait chanter mais voilà la pluie
     qui arroz' les cons
On veut espérer mais surgit l'ennui
     qui teinte les cons
On voudrait danser - le sol est de boue
     pataugent les cons
Nous sommes idiots bouffant la gadoue
     nous sommes des cons
L'amour se balade en un autogyre
     au-dessus des cons
Qui lèvent le nez 'vec un doux sourire
     sourire de cons
Attendant encor la belle aventure
     illusion de cons
Car ils sont réduits à leur seul'nature
     nature de cons
Les roses les fleurs et les clairs de lune
     c'est pas pour les cons
Les cons ils y croient mais c'est pour des prunes
     aliment de cons

Raymond Queneau, L'Instant fatal, 1943- 1948, Gallimard.

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