07 mars 2008
CONTRE L'ABLEPSIE (URGENT)
28 février 2008
A merditer.
La merde, en dépit de sa nature, est moins "dégoûtante" qu'on pourrait le croire. Elle peut même être investie de connotations favorables : elle "porte bonheur" et la psychanalyse a montré comment elle mobilise l'intérêt des enfants et parfois des plus grands. Après tout, c'est une partie de nous-même, intégrée au rythme de notre corps et qui relève d'une fonction universelle et quotidienne. Mais c'est aussi la partie la plus "bassement matérielle" de notre organisme et qu'il rejette. C'est pourquoi c'est le symbole du "refus". (...)
En tant que substantif, la merde est un individu "depourvu de valeur", de toute valeur, un rien-du-tout, un caca, de la crotte ; injures qui peuvent s'adresser différemment à une personne, à une chose, à une situation. Ton truc c'est de la merde, "ça ne vaut pas un clou", moins en raison de la sottise impuissante qui s'attache à la connerie, que du fait de l'absence de toute valeur, d'une "bassesse" et d'une "grossièreté" fondamentales au niveau desquelles la substance n'est plus susceptible d'aucun "affinage" et dont on ne peut, en conséquence, "plus rien tirer" et qui n'est bonne qu'à jeter.
Et ceci nous amène à l'emmerdeur et au merdier tout différents de la merde, dans la mesure ou ils dérivent d'une autre composante sémantique du système.
La merde est un objet qui doit être nettoyé et rejeté à la fois pour des raisons d'hygiène et de tabou. Or son évacuation pose problème : en particulier dans une société de pots de chambre et de chaises percées, qui ignorait la chasse d'eau et le tout-à-l'égout. Tous ceux qui ont été de "corvée de chiottes" à la caserne me comprendront, et ceux aussi qui se sont trouvés sans papier dans quelques "lieux" publics, etc. Et puis il y a les gosses embrennés, les vieillards gâteux, les malades, les trouilles intempestives, etc. On imagine que la ville ancienne, surpeuplée, étroite, dépourvue de la plupart des commodités, dut être un véritable merdier. Etre dans la merde jusqu'au cou ne devait être que l'expression hyperbolique d'une situation fort courante.
La substance, par ailleurs, est rétive et collante ; il est difficile de s'en débarrasser. C'est ce qui en fait un objet particulièrement "importun". Tels sont, chacun dans leur genre, le merdeux et l'emmerdeur. Le statut de l'emmerdeur est très clair dans le système sémiologique que nous venons de décrire. Emmerder quelqu'un, c'est "l'importuner" de toutes les façons et sous toutes les formes que cette idée comporte. D'où l'emploi pronominal de s'emmerder au sens de "s'ennuyer". A ce propos, on ne confondra pas : tu m'emmerdes et je t'emmerde.
Tu m'emmerdes signifie "tu m'ennuies (en me couvrant de merde)" ; je t'emmerde est une formule de refus, un synonyme de l'interjection merde ! ; le sens est non pas "je t'ennuie", mais "je te dis merde". Il s'agit d'un tour que certain linguiste a appellé délocutif et qui permet de donner forme verbale à des interjections, ainsi je vous salue signifie "je vous dis salut !". C'est la raison pourquoi on peut dire : tu me fais chier au sens de "tu fais que je suis emmerde", mais non pas je te fais chier qui n'entre pas dans la catégorie des délocutifs, sinon des déculotifs.
Pierre Guiraud, Les Gros Mots, Presses Universitaires de France, coll. "Que sais-je?"
(Excellent essai, qui analyse les "gros mots" à partir de l'opposition grossier/poli, au sens matériel puis se métaphorisant, se ramifiant dans les oppositions âme/corps, céleste/terrestre, noble/roturier etc., opposition qui s'inscrivent dans la tradition médievale chrétienne et courtoise. Notre actuel système de politesse puise dans ce systeme de valeur, qui devient une sorte de limon conscienciel : de nos jours, il arrive encore d'entendre parler de "noblesse de coeur", de "sentiments nobles", "d'esprit eleve", de "sublime" et les gros mots conservent leur potentiel obscène.
A noter : on peut très facilement jouer avec cet essai et le détourner dans un sens carnavalesque, voilà aussi pourquoi j'en recommande sa lecture).
réinventer le réel comme fiction
Il n'est plus possible de partir du réel comme donnée et de fabriquer du réel et de l'imaginaire. Le processus serait plutôt inverse : de mettre en place des situations décentrées, des modèles de simulation, de leur donner les couleurs du réel, de réinventer le réel comme fiction.
JG BALLARD
"Encore une scène, toujours l'Autre".
(Le monument psychanalytique doit être traversé -non contourné, comme les voies admirables d'une très grande ville, voies à travers lesquelles on peut jouer, rêver, etc. : c'est une fiction)
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(...) Alors peut-être revient le sujet, non comme illusion, mais comme _fiction_. Un certain plaisir est tiré de s'imaginer comme _individu_, d'inventer une dernière fiction, des plus rares : le fictif de l'identité. Cette fiction n'est plus l'illusion d'une unité, elle est au contraire le théâtre de société ou nous faisons comparaître notre pluriel : notre plaisir est _individuel_, mais non personnel.
Roland Barthes, Le plaisir du texte, éd. du Seuil, coll. ¨Essais¨.
Barthes pataphysicien ?
02 février 2008
La "Spiral Jetty" en danger !
Après Sitaudis, nous relayons cette information : la "Spiral Jetty" de Robert Smithson est en instance de décès ! Dommage, car il s'agit d'un specimen unique de gidouille aquatique, le signe du Père Ubu transposé dans le domaine du land art... C'est aussi une superbe illustration du "devenir spiralesque du monde", cher à Maffesoli.
Sa fin approche. A cause du pognon, comme d'habitude. "C'est l'biz qui prime, et ça t'fout la déprime/ tu veux en parler mais jamais tu t'exprimes" a-t-on pu entendre il y a quelques années dans un album inutile et drôle, comme la Spiral Jetty. Pour la gloire de notre maître à tous (le Père Ubu, au cas ou il y aurait ambiguïté), pour l'amour de l'économiquement irrationnel, FANTOMASMEDIA appelle à la sauvegarde de cette oeuvre, n'hésitez pas à suivre les consignes :
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Nous avons appris récemment que des forages pétroliers sont en projet et la mise en place de puits prévue sur le Great Salt Lake en Utah, à Rozel Point, sur le site même de l'emblématique Spiral Jetty réalisée par le land-artiste américain Robert Smithson en 1970.
Le site, d'une exceptionnelle qualité environnementale et d'un intérêt culturel certain (il est également situé à proximité du Golden Spike National Monument), en serait totalement défiguré, et l'œuvre dénaturée.
La veuve de l'artiste, Nancy Holt, lance un appel afin de tenter d'empêcher ces forages, et demande à tous ceux qui le souhaitent d'envoyer un email de protestation aux responsables du projet. Chaque lettre compte. Les emails internationaux et émanant de structures institutionnelles ou de recherches ont un poids accru, mais tout email est important.
Malheureusement le temps presse. Les sondages ayant été tenus secrets, Nancy Holt n'en a pris connaissance que tardivement mais un premier report a été obtenu.
Il est encore temps : nous avons jusqu'au 13 février pour envoyer un e-mail à Jonathan Jemming (coordinator/advisor for the Utah Public Lands Policy Coordinating Office)
jjemming@utah.gov
Afin de ne pas perdre de temps, ci-joint une lettre type que vous pouvez copier-coller (n'oubliez pas d'inclure le numéro de dossier #8853, et de signer en précisant votre pays et fonction). Mais vous pouvez bien sûr personnaliser votre message.
Un blog vient d'être mis en ligne, où vous trouverez la lettre de Nancy Holt, avec plus de détails et quelques photos du site :
Blog pour le Spiral Jetty
http://spiral-jetty.blogspot.com/
Proposition de lettre :
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Subject: Spiral Jetty Oil Drilling
To: Jonathan Jemming
Application # 8853
Dear Sir,
We have been informed of plans for drilling oil in Utah's Great Salt Lake near the Spiral Jetty. The Spiral Jetty is of major significance and regarded worldwide as an icon and one of the most popular contemporary works of art. Drilling there would greatly spoil this rare ecosystem, severely disfigure the site, and damage its future documentation in art publications. Owing to the beauty of this natural site and the international visibility of Robert Smithson's work, we ask that you do everything in your power to ensure that these oil drilling plans are reconsidered and abandoned.
Sincerely,
(Nom, fonction, pays)
28 janvier 2008
[..]
Il n'est pas opportun d'ouvrir ici un débat sur la poésie, sur la place qu'il convient de lui assigner dans le domaine de l'esprit, sur les vertus que l'on est en droit de lui reconnaître, sur les espérances qu'elle justifie.
Disons seulement qu'il a été donné à quelques-un des nôtres (et ce sera sans doute l'un des seuls titres de gloire de cette étrange époque) de restituer au poème sa valeur intrinsèque de provocation humaine, sa vertu immédiate de sommation entraînant, à la manière du défi, de l'insulte, une réponse sensiblement adéquate.
Le plus subversif n'est pas toujours celui qu'on pense, mais ce n'est pas sans raison que la bourgeoisie se sent réellement menacée par certains textes poétiques.
L'on connaît d'ailleurs la parade dont elle a usé pendant longtemps et qui ne laissait pas d'être assez habile.
Il lui suffisait de renforcer, par un apport doctrinal plus ou moins solide (métaphysique ou mystique de l'Art, de la Beauté, etc.), les habitudes spirituelles d'un lecteur tout juste au niveau de la rhétorique plus ou moins chatoyante qui lui tenait lieu de nourriture.
Tout poème se trouvait ainsi automatiquement relégué dans le domaine très spécial et particulièrement fermé de la contemplation esthétique.
Et il faut admettre que cette méthode de neutralisation n'a pas été sans connaître de véritables succès. Les plus grands en ont souffert : Lautréamont, Rimbaud. Elle réussit encore auprès de certains. Ouvrons les journaux. L'on se souvient de Comoedia lors de l'affaire Bunuel : "... un film de fantaisie", et voici Le Populaire : Ne prenez pas "au sérieux ces roulades poétiques", à propos de l'affaire Aragon.
[...]
Le poème commence de jouer dans son sens plein. Mot pour mot, il n'y a plus de mot qui tienne. Le poème prend corps dans la vie sociale. Le poème incite désormais les défenseurs de l'ordre établi à user envers le poète de tous les moyens de répression réservés aux auteurs de tentatives subversives.
Mais du même coup, la bourgeoisie démasque la gratuité de l'idéologie de liberté qu'elle avait jusqu'ici si soigneusement entretenue. Cette liberté, elle l'a accordée au poète aussi longtemps qu'elle a pu fonder sur l'incompréhension du lecteur. La clairvoyance du lecteur entraîne mécaniquement l'intervention du juge et du policier.
[...]
extrait de "La poésie transfigurée", 30 janvier 1932 (après l'affaire Aragon), signé par René MAGRITTE, E. L. T. MESENS, Paul NOUGE et Andre SOURIS.
07 janvier 2008
saluons l'étrangeté.
Un premier ministre socialiste français a dit, au début des années quatre-vingt, se faisant le porte-voix "civilisé" de Le Pen : "Les immigrés sont un problème." Nous devons renverser ce jugement et dire : "Les étrangers sont une chance !" La masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoigne, dans nos vieux pays fatigués, de la jeunesse du monde, de son étendue, de son infinie variété. C'est avec eux que s'invente la politique à venir. Sans eux nous sombrerons dans la consommation nihiliste et l'ordre policier.
Que les étrangers nous apprennent au moins à devenir étrangers à nous-mêmes, à nous projeter hors de nous-mêmes, assez pour ne plus être captifs de cette longue histoire occidentale et blanche qui s'achève, et dont nous n'avons plus rien à attendre que la stérilité et la guerre. Contre cette attente catastrophique, sécuritaire et nihiliste, saluons l'étrangeté du matin.
Alain Badiou Circonstance 4 - De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes)
Extrait provenant du blog collectif Poésie pour les nuls. Merci à Charles Pennequin.
http://20six.fr/nuls
Pour lire une bonne note de lecture, c'est ici :
http://www.relectures.org/spip.php?article4
Lire aussi, sur sitaudis, une analyse critique :
http://www.sitaudis.com/Parutions/le-petit-livre-de-badiou.php
06 décembre 2007

Man RAY, 391 numéro 17, juin 1924. (Apparaît aussi dans Le Retour à la raison : http://fr.youtube.com/watch?v=bQOkEOOeQWA&feature=related)
(une vraie poétique du silence, plus radicale, profonde et drôle que celle des Du Bouchet et consorts)
De larges extraits de la revue 391 et d'autres revues d'avant- garde sont numérisés ici :
http://sdrc.lib.uiowa.edu/dada/collection.html
07 septembre 2007
L'Exotisme, "sentiment du Divers".
A lire d'urgence, l'essai sur l'Exotisme de Victor Segalen (trouvable en Livre de Poche). "Seules des singularites peuvent faire echec au systeme".
"Je ne l'ignore pas et ne le cache point : ce livre decevra le plus grand nombre. Malgre son titre, un peu compromis deja, il ne sera peu question de tropiques et de palmes, de cocotiers, arequiers, goyaviers, fruits et fleurs inconnus ; de singes a face humaine et de negres a facons de singes ; on n'eprouvera point de "grandes houles", ni d'odeurs, ni d'epices ; si ce n'est comme epices meme, ou, tres exactement, hors d'oeuvre, preparant grossierement aux services plus substantiels. On y menera pe de croisieres dans les iles les plus reculees du monde. Il y coulera quelques larmes de couleur, mais en quantite facilement tarie. On ne compte point deplorer des "incomprehensions" mais au contraire les louer a l'extreme. [...]
Exotisme : qu'il soit bien dit que moi-meme je n'entends par la qu'une chose, mais universelle : le sentiment que j'ai du Divers; et par esthetique, l'exercice de ce meme sentiment ; sa poursuite, son jeu, sa plus grande liberte, sa plus grande acuite ; enfin, sa claire et profonde beaute."
On lit encore :
"Degradation du Divers.
Il semble que oui. Comme l'Energie, l'Entropie de l'Univers tend vers un maximum".
Le prefacier, Gilles Manceron, ecrit avec justesse : "Au debut du XXeme siecle, a l'heure de l'universalisme colonial, rien n'est moins "politiquement correct" que de tels propos". Aujourd'hui encore, quand l'universel s'est concretise dans le "mondial", aplanissant toute alterite. A rapprocher de Peguy : "Je ne veux pas que l'autre soit le meme, je veux que l'autre soit autre."
27 juillet 2007
La part maudite
Dans l'optique de Bataille, la part maudite est quelque chose qui ne peut pas s'echanger selon l'echange conventionnel, et donc doit etre sacrifiee pour retrouver une forme d'equilibre fonctionnel. Les societes primitives ont ainsi deux cycles, deux niveaux. Il y a l'echange banal et ce qui passe dans le cycle du sacrifice dont Bataille dit qu'il est echange en vain (pas vraiment puisque cela retablit l'equilibre). Il y a un excedent fantastique, venu du soleil ou de l'amour, et cette energie doit etre depensee. Quand on n'arrive plus a la mettre en jeu, le groupe est en peril. Le probleme est que, dans nos societes, nous ne pouvons plus dire le mal, nous n'avons plus l'usage sacrificiel de cette part maudite, qui correspond au fait qu'on produit trop, qu'il y a trop de signes, de biens, de richesses, d'individus aussi peut-etre. Bataille est encore fonctionnaliste dans la mesure ou cette part maudite, une fois passee dans le cycle du sacrifice, permet a une societe de se reproduire, de se perpetuer. Cela a donne lieu aux interpretations les plus vulgaires. On a pu dire que dans les societes de consommation, le gaspillage est l'equivalent du potlatch et on a fait de tout ce qui n'avait pas de rationalite economique une espece de part maudite. On peut faire de l'inconscient la part maudite de l'ame humaine, etc. Je prefere m'en tenir a l'idee qu'elle est au principe du mal et de son excentricite.
Jean BAUDRILLARD, Le paroxyste indifferent. Entretiens avec Philippe Petit. Grasset & Fasquelle, 1997.
22 juin 2007
Mandeville, la Fable des abeilles
A lire ici :
http://expositions.bnf.fr/utopie/cabinets/extra/textes/constit/1/18/2.htm
04 juin 2007
curieux numero d'equilibriste
Le desagreable est que, des sa naissance, l'on soit engage dans le roman sans pouvoir se maintenir dans l'essai.
Louis SCUTENAIRE
21 mai 2007
le PDRI (2)
L'amateur de l'esprit ne fait pourtant que jouir de ces combinaisons et des fluctuations de l'intellect, ou il admire bien des merveilles : il y voit, par exemple, le desordre essentiel engendrer un ordre momentane; une necessite naitre du hasard ou se construire a partir de quelque disposition arbitraire; l'incident enfanter la loi; l'accessoire dissiper le principal. Il y voit aussi l'orgueil personnel se forger des obstacles imaginaires contre lesquels il puisse depenser et mesurer les puissances d'analyse et d'attention qui sont en lui.
Paul VALERY, Variete IV.
Foire aux mirages ou contribution a une 'pataphysique de l'art.
Beaucoup abordent la peinture persuades d'y trouver la transcription de ce que voit le peintre. Peut-etre en effet y a-t-il des peintres qui visent a reproduire ce qu'ils voient mais c'est alors activite qui s'explique mal : s'ils le voient, ils sont combles, et pourquoi des lors se donner tant de peine ? Pour le faire voir aux autres ? C 'est bien de la bonte. La peinture me semble privee d'interet quand il ne s'agit pas au contraire de se donner des spectacles que le peintre desire voir et qu'il n'a d'autre chance de rencontrer qu'en les constituant lui-meme. Le peintre, en somme, tout l'oppose de peindre ce qu'il voit, comme le lui prete certain public mal informe, n'a de bonne raison qu'a peindre ce qu'il ne voit pas mais qu'il aspire voir.
Ce qu'on aspire voir peut etre de diverses sortes selon la tournure d'esprit dont on est pourvu. Certains, d'humeur philosophique et avides d'elucidations, attendent de leurs peintures qu'elles leur procure de decouvrir aux choses des aspects qui, autrement, ne sautent pas aux yeux. Pour eux la peinture est une technique de connaissance, un moyen de voir mieux qu'avec leurs seuls yeux, de voir -disons au moins d'entrevoir- des choses que les yeux ne voient pas et qui procurent la pensee des ouvertures nouvelles sur toutes liaisons et raisons. Ils sont en quete, et c'est l ce qu'il faut retenir, d'informations sur la verite.
D'autres peintres, je prie qu'on soit attentif cela, ne visent pas du tout des illuminations sur le vrai cours des choses. Soit que leur caractere les porte plutot creer qu'a comprendre, soit qu'ils aient peu de confiance dans la notion m仁e de verite au point que cette notion leur apparaisse oiseuse, ils se donnent pour but de montrer ( se montrer ) des choses qui n'existent pas, dont ils ne songent pas le moins du monde a pretendre qu'elles ont d'autre fondement que leur bon plaisir, et qu'ils se regalent a inventer pour le seul agrement de se donner des spectacles - des fetes.
A-t-on perdu le gout des fetes de l'arbitraire et du fantasque et ne veut-on plus que s'instruire ?
Ne peut-on legitimement aussi bien, une fois au moins - pourquoi pas dans certains cas, une fois pour toutes ? -prendre, au lieu du parti de la verite ( elle n'est pas moins mouvante ) celui des changeantes erreurs et des leurres et y assumer avec entrain notre fonction de danseur ivre ? Au jour venu de la grande liesse tirer de nos tetes, comme les jongleurs chinois, les echarpes chatoyantes des incongruites et en pavoiser nos demeures, dans le tintamarre des cloches allegres de la bonne foire aux Equivalences et Inconsequences ?
Jean DUBUFFET, s. (Dossier 27, reproduit dans Subsidia Pataphysica numero zero, "Du vrai du beau du bien - Chrestomathie Elementaire de 'Pataphysique")
15 avril 2007
Ha Ha !
Ha Ha ! dit Bosse-de-Nage, sans plus de commentaires.
Alfred Jarry, Faustroll.
http://faustroll.efields.net/
